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Entre-deux guerres

 

La fée Electricité

En ce qui concerne l’éclairage, les habitants de Les Hayons ont été privilégiés, par rapport aux villageois voisins. En effet, l’électricité a été installée dès 1928.  A Bouillon, elle fut installée dès 1904, et ceci grâce aux usines.

Cette vue de 1928 témoigne des "balbutiements" de l'électrification

Cette vue de 1928 témoigne des « balbutiements » de l’électrification

 

Hommage à la vieille dame Belgique.

Le 27 juillet 1930, à l’occasion du centième anniversaire de l’indépendance de notre pays, fut planté, en face de la maison d’André Godfrin, rue de Brienne allant vers Bellevaux, l’Arbre du Centenaire. Cette commémoration s’opéra pratiquement dans toutes les localités belges.
Cet arbre est toujours visible actuellement ; c’est un chêne
Ce chêne a une petite histoire. En fait, il fut sélectionné et prélevé avant la date de la cérémonie et il fut mis en jauge dans le jardin de l’instituteur. Il y fut pourtant malmené par Paul Godfrin et le fils de l’instituteur qui entreprirent de l’écorcer. Mal leur en prit, ils se sont fait tirer les oreilles mais l’arbuste, lui, s’en est bien tiré puisqu’il a grandi sans problème.

arbreducentenaire

 

Ces fêtes furent préparées avec beaucoup d’entrain et furent extrêmement bien réussies :
Un comité organisateur avait été constitué, dont la présidence fut confiée à Emile Lorent, curé de la paroisse. Le secrétaire était Monsieur Seutin, l’instituteur. Les membres en étaient Modeste Coulon, bourgmestre, A. Robert et A. Nicolas, échevins, ainsi que deux anciens combattants: Julien Renaudin et René Lamouline.
La commune avait voté pour ces manifestations patriotiques la somme de 4000 francs.

Le matin à 10 heures, une messe fut célébrée par le Doyen Theissen, de Bouillon, qui fit un sermon patriotique. Un chant de Te deum termina l’office.
Avaient pris place sur des chaises réservées à l’avant du choeur: Monsieur Degrelle, député permanent représentant le Gouverneur de la province, Monsieur de Moffarts, sénateur, le capitaine A. Letocart, le docteur Arnould, le conseil communal et d’autres invités de marque.
L’office s’ensuivit d’un dîner donné au presbytère.

En début d’après-midi, avant le départ du cortège, les souhaits de bienvenue furent prononcés par le président du comité des fêtes.

L’Harmonie Royale de Maissin ouvrait la marche avec ses 38 exécutants.
La jeunesse avait travaillé ardemment à la confection de quatre chars qui figuraient dans le cortège; le premier portait l’arbre du centenaire, le deuxième rappelait les vieux métiers dans les ménages, le troisième rappelait les travaux des champs à la mode ancienne. (Nous n’avons pas d’indications sur le quatrième).
En cours de cortège, le Doyen de Bouillon, riche d’un discours, bénit le drapeau paroissial. Ce drapeau est le travail des Révérendes Soeurs de Virton et a coûté la somme de 1700 francs.
Plus loin, quand fut venu le moment de planter l’arbre du centenaire, Monsieur le Baron de Moffarts fit un discours magnifique sur les devoirs du citoyen belge et Monsieur le docteur Arnould parla au nom des Anciens combattants du canton de Bouillon.
Le cortège arrivé devant le tout nouveau bâtiment-réservoir de la distribution d’eau, Monsieur Degrelle prit la parole pour déplorer que son inauguration qui devait se dérouler ce même jour n’aurait pas lieu car les pompes n’étaient pas encore installées. Il décrit surtout la gestion effectuée par la Députation permanente

La journée finit en apothéose par un magnifique concert donné par l’Harmonie de Maissin devant la maison de Théophile Ludwig.

 

Distribution d’eau potable

C’est également en 1930 que les travaux de distribution d’eau furent exécutés dans notre village. C’est un entrepreneur de Alle, Hubert Claude qui procéda consciencieusement à ces travaux. Le village jouit du grand bienfait de ces innovations en octobre. Auparavant, on ne comptait plus les cas de typhus dus à une eau impropre à la consommation.
En séance du 9 septembre 1930, le bourgmestre Coulon et son conseil établissent un règlement de la distribution d’eau qui est placardé par voie d’affiches. En voici, à titre d’exemple, l’article 1er: « L’eau fournie par la Distribution d’eau doit servir exclusivement aux usages domestiques, à moins d’autorisation spéciale, il est défendu de l’employer aux besoins d’une industrie quelconque, à la fabrication du mortier, ainsi qu’au lavage des voitures et autres objets sur la voie publique ».
Un fontainier sera désigné, seul habilité au maniement des outils et vannes nécessaires au bon fonctionnement du réseau. Lorsqu’il sera appelé dans un foyer pour remplacer un robinet, cela coûtera 2 francs au propriétaire de l’immeuble. Une taxe est également instaurée par habitant et par tête de bétail pour couvrir les frais de distribution, ainsi qu’une taxe sur les lavoirs des particuliers.

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Les prix en 1930

Pour ceux qui n’ont pas connu le Franc belge, il faut savoir que 1 Euro aujourd’hui vaut un peu plus de 40 Francs belges (40,33…). A l’époque, en comparant le montant des salaires avec le prix des marchandises les plus courantes, on constate qu’un ménage ne disposait que de très peu d’argent pour vivre.Un maçon ou un ouvrier qualifié du bâtiment gagne de 4 à 5 francs de l’heure. Un manœuvre de 2,5 à 3 francs de l’heure. Un ouvrier agricole touche plus ou moins 20 francs par journée de dix heures. Un travail ne demandant aucune qualification, comme scier du bois à la main pour alimenter l’école ou la commune, payait 2 francs de l’heure. Un cultivateur travaillant avec deux chevaux pour le compte d’autrui arrivait péniblement à 100 francs pour une journée de 10 heures. Un ouvrier d’usine gagne de 3,5 à 4 francs de l’heure. Les frais de déplacements sont nuls puisqu’on ne se déplace qu’à pied ou à vélo. Quant aux marchandises, les produits de boucherie les plus achetés par les villageois sont, en raison de leur faible prix : le bouilli et la petite saucisse dont le kilo coûte entre 8 et 10 francs. Une tarte coûte entre 10 et 15 francs (on n’en mangeait qu’aux grandes occasions ; la kermesse et le nouvel-an).

La plupart des habitations étaient dotées d’un four à pain et les gros ménages faisaient leur pain eux-mêmes. Le brasseur qui desservait le village vendait très peu car les ménagères concoctaient leur propre bière de ménage. Dans un café, le verre de bière de 33 centilitres se vendait un franc, un litre de peket se vendait 25 francs, un litre de cognac entre 28 et 30 francs. Un paquet de 25 cigarettes coûtait 2,5 francs. Les œufs de ferme se vendaient entre 6 et 10 francs le quarteron de 26 pièces, suivant la saison. Le lait était vendu aux particuliers à un franc le litre. Une vache laitière se vendait de 2000 à 2500 francs.Les pommes de terre coûtaient entre 15 et 30 francs les 100 kilos suivant la variété et la saison. L’essence, que très peu de gens utilisaient, coûtait 2,5 francs le litre. Au vu de la vie chère, les villageois organisèrent un système de troc (échange d’un service ou d’une marchandise contre un autre service ou une autre marchandise).

La guerre menaçait et, en l’espace de 6 ans, une grande crise eut pour effet que les prix de toutes ces marchandises furent majorés de 20 à 25%. En raison de ces rumeurs de guerre, l’Etat reprit des travaux de fortification et d’armement ; ce qui permit de remettre bon nombre de chômeurs au travail.

En 1937, une petite ferme fut construite au village. D’une superficie de 125 mètres carrés, elle coûtât environ 100.000 francs

 

Mon beau sapin

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Ce fier épicéa qui trône devant le seuil de l’église fut abattu en 1934.
Selon nos sources, cet arbre fut planté par une soeur de la grand’mère des enfants HOUCHARD (Maria, Albert, Mélina, Robert, Auguste et Henriette).
Cette dame était religieuse, son nom de famille était BIZON. En calculant un peu, on peut parier que ce résineux fut placé là dans les années 1880-1890.

 

Crime

Le 2 septembre 1934, à 6h30, Julia TOUSSAINT, qui était à l’église en pleine communion, entend les cris de sa fille à l’extérieur. Elle sort vivement, se rend compte de la situation, attrape une fourche aux dents recourbées sur son tas de fumier et en donne un coup au visage de Joseph LAMBIN qui, conduisant ses vaches aux champs, en profitait pour harceler sa fille.
Le malheureux, titubant, a poursuivi son chemin et est tombé par trois fois en se dirigeant vers la maison COULON – BIZON. Il mourut le dimanche vers 12 heures 30.
Une des dents de la fourche avait pénétré dans le cerveau sur une profondeur de 1,50cm et une autre avait perforé les narines.
Julia TOUSSAINT fut emmenée par les gendarmes le lundi à 17 heures et, brandissant des chapelets, commença a narguer la population ameutée.
Elle n’a subi qu’une légère peine de prison car il fut prouvé que la victime la harcelait d’injures et de moqueries à chacun de ses passages et l’avait ainsi poussée à bout. C’est en octobre que le tribunal de Neufchâteau la condamna à une peine de 2 ans d’emprisonnement ainsi qu’à 75000 francs de dommages et intérêts.

 

Sous les drapeaux

Le service était obligatoire dans les années trente. Cette obligation est aujourd’hui supprimée.

A l’âge de 16 ans, les garçons étaient inscrits auprès de leur commune sur les listes de milice. A 19 ans, ils étaient convoqués au bureau d’incorporation, à Paliseul. Le secrétaire communal ou le garde-champêtre les accompagnait. Un taxi affrété par la commune assurait le transport. Après plusieurs tests et une visite médicale, certains candidats étaient déclarés aptes au service et enrôlés ; d’autres, à la santé défaillante, étaient ajournés ou réformés. Les jeunes hommes enrôlés, souvent enrubannés, ainsi que les autorités communales qui les accompagnaient, passaient le reste de la journée dans les cafés.

C’est en 1949 que ces centres de recrutement furent remplacés par le Centre de Recrutement et de Sélection (CRS) à Bruxelles et les tests duraient trois jours.

 

« L’effet Léon »

En 1936, le Bouillonnais et bouillonnant Léon DEGRELLE dénonce, à travers son parti « Rex » (qui était au départ le titre d’une revue d’obédience catholique) les malversations de l’Eglise, des politiciens et des banques. « Rex » tourne peu à peu au fascisme et l’incroyable éloquence du « Beau Léon » lui a donné toute son importance.
Emile Lorent, curé des Hayons, relève les noms des villageois venant de s’abonner au journal rexiste « Le Pays Réel ». Ce sont les mêmes qui, abusés par ces révélations et certainement par ce beau parleur de Léon Degrelle, ont clamé victoire lors des élections législatives.

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Le 30 novembre 1936, suite à un meeting rexiste prêché par Degrelle à Bouillon, ces mêmes villageois ont écrit: « A bas les pourris ! A bas van Zeeland! Vive Degrelle! » sur les murs de l’école, les abreuvoirs, le réservoir de la chapelle, les rochers en descendant vers le Maka et sur le toit d’une maison.
« L’effet Léon » fut de courte durée car en ’37, il n’y avait plus au village qu’un abonné au « Pays Réel » et en ’38 on n’en parlait même plus.

 

Quand le lait prend un goût d’amertume… 

Début 1937, certains cultivateurs fréquentant la laiterie du village se disputent pour donner le poste d' »écrémeur » à telle ou telle personne briguant la place.
Cette laiterie, nommée « Laiterie de la Roche Percée » et fondée en 1910, se trouvait sur l’actuel emplacement de la villa de Fernande Body.

Mélina HOUCHARD, devant la "Laiterie de la Roche Percée"

Mélina HOUCHARD, devant la « Laiterie de la Roche Percée »

En plus de ce désaccord, l’augmentation du cheptel laitier fit qu’une partie des utilisateurs refréquentèrent la laiterie de Carlsbourg, le 13 février 1937.
Cette situation s’intensifia au point que la laiterie de Carlsbourg en arriva à fonder une deuxième laiterie à Les Hayons; au numéro 45 de l’actuelle rue de la Semois.

 

Bruits de bottes

Avant 1936, le spectre de la guerre plane un peu partout en Europe. Une crise profonde règne dans tout le pays. Les usines tournent au ralenti, les produits agricoles se vendent au rabais, la Belgique compte 600.000 chômeurs.

Grâce, si l’on peut dire, aux menaces d’un conflit qui se précise dans les années 1937-1938, le travail reprend peu à peu dans les usines car elles vont produire du matériel destiné aux armées.

L’Allemagne envahit l’Autriche et notre gouvernement décrète la mobilisation générale, fin août ’38. La démobilisation aura lieu 8 jours plus tard.

Au cours des mois précédant la déclaration de guerre, les gens suivaient l’actualité par la lecture des journaux et l’écoute de la T.S.F. (téléphonie sans fil), ancêtre de notre radio. La télévision n’est apparue que vers 1955 chez nous. Celui qui n’avait pas la radio allait l’écouter chez son voisin. Les nouvelles, bonnes ou mauvaises, étaient rapidement répandues dans le village.

La neutralité de la Belgique, déclarée par le Roi Léopold III n’avait convaincu personne et l’on s’attendait à l’invasion de l’armée allemande. En prévision, les ménages avaient fait des provisions de denrées non périssables comme le sucre, l’huile, la farine, les pâtes, etc…