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La guerre 40-45

 

La mobilisation

En août 1939 , le climat s’alourdit et une nouvelle mobilisation a lieu; les hommes âgés de 20 à 30 ans ayant accompli leur service militaire rejoignent leurs régiments et ne seront démobilisés qu’après la bataille de dix-huit jours qui éclata le 10 mai ’40. Furent mobilisés le 25 août: Victor Godfrin, Edmond Lambotte, Constant Laffineuse, Emile Pierre, Jean Godfrin, Joseph Lemasson, Maurice Body, Alphonse Lambin, Gaston Body, Emile Gravelle, Robert Houchard, Emile Damien, Théophile Ledent et Cyrille Nicolas.
Monsieur Seutin, l’instituteur, fut mobilisé le jour de la déclaration de guerre, le 10 mai ’40. Parmi ces hommes mobilisés, seul Théophile Ledent fut légèrement blessé.
Six soldats furent faits prisonniers par les Allemands. Deux, malades, réintégreront leur foyer plus vite: Constant Laffineuse après deux ans de captivité et Robert Houchard après trois ans et demi. Les quatres autres: Emile Pierre, Maurice Body, Gaston Body et Joseph Lemasson ne rentreront qu’en avril ou mai ’45.

L’exode

En avril ’40, la situation devenant de plus en plus critique, une première alerte a lieu qui entraîne, pendant quelques jours, la suppression des permissions des militaires sous les drapeaux. A l’aube du 10 mai, en prélude à une magnifique journée de printemps, l’Allemagne envahit la Belgique et la nouvelle est annoncée à la T.S.F.
Des avions allemands survolent le territoire et la gare de Jemelle est bombardée.
Les troupes françaises se replient, faisant sauter passerelles et ponts derrière elles. Même les gués sont minés. C’est ainsi que le gué du Maka fut rendu moins praticable pour l’éventuel passage de troupes ennemies.
Peu de gens sont au travail et des rassemblements de personnes dans l’expectative se forment un peu partout. La journée et la nuit suivante se passent dans la plus grande anxiété.

Le 11 mai, veille de la Pentecôte, les villageois reprennent tant bien que mal leur travail. En début d’après-midi, des gens de Neufchâteau et Bertrix passent à Les Hayons avec leurs attelages, fuyant les Allemands pour gagner la France. Ces personnes avaient déjà connu les atrocités de la Grande Guerre (’14-’18) et ne voulaient plus revivre cela. D’autres criaient: « Sauvez-vous vite, les Allemands saccagent et pillent tout ! ».
Certains Hayonnais se décident alors à partir. Vers 15 heures, les charrois chargés de bagages, vieillards et enfants sont prêts et c’est la fuite vers Sedan, via Bouillon. Les personnes ne disposant pas de chevaux sont prises en charge par les autres. Les tartes, faites de la veille pour les communions des enfants, furent abandonnées.

La famille d’Emile Coulon a attelé son vieux cheval à la charrette. Femme, enfants, famille et quelques objets sont embarqués. L’attelage s’ébranle vers la France. Arrivés en vue de Rethel, la famille assiste, cachée sous le chariot, à la destruction des anciens remparts de la ville, sous les bombardements allemands. La vieille ville avait déjà été la cible des envahisseurs en 1914. Il n’en restait plus que les remparts qui sont désormais en ruine. L’équipage ira jusqu’à Montargis pour s’apercevoir que tous les ponts sur la Loire ont été détruits et il faudra donc rebrousser chemin. Deux mois après son départ, Emile Coulon et sa famille sont de retour au village. Camille, le fils, nous dit aujourd’hui qu’ils ont pu, en cours de route, bénéficier de plusieurs aides de la soldatesque allemande.

A la frontière française, au Beaubru, les attelages de Joseph Dumay et Adolphe Godfrin se trouvent dans une zone très critique entre les sections françaises chargées des missions retardataires et les panzers de Von Kielmansegg*. Cet équipage, fort de 23 personnes, ira jusqu’au département de la Côte d’Or.

vonkielmansegg

Johann-Adolf, comte von Kielmansegg, officier dans une division de panzers allemands pendant la seconde guerre mondiale, fit partie, en ’44, de la coalition des généraux qui tentèrent de tuer Hitler. Il devint, de ’66 à ’68, en pleine guerre froide, Commandant-en-chef des forces de l’OTAN en Europe centrale. Il décède à Bonn, le 26 mai 2006, à l’âge de 99 ans.

 

L’attelage de Joseph Coulon, quant à lui, était composé de 11 personnes (leur ménage, un autre de même importance et un vieillard isolé). Le convoi traverse Bouillon pour gagner la France. Quelques maisons déjà bombardées brûlent encore. Arrivés à La Chapelle, premier village français après la frontière, ils entendent de formidables détonations et apprennent que les deux ponts sur la Semois à Bouillon ont été dynamités. Les réfugiés qui n’étaient pas passés ont été obligés de rebrousser chemin.

BOUILLON : LE QUARTIER DES REMPARTS BOMBARDE

BOUILLON : LE QUARTIER DES REMPARTS BOMBARDE

La fameuse « Ligne Maginot », fortification d’une épaisseur de béton inouïe, construite récemment et dont un tronçon se trouve à moins de 15 kilomètres des Hayons, ne tient pas le coup deux jours sous les coups de boutoir des troupes allemandes.

Joseph Coulon, qui s’était embarrassé d’un taureau, croyant le vendre à Sedan, se voit obligé de l’abandonner dans une pâture près de la frontière car l’animal, effrayé par les déflagrations, refusait une fois pour toutes d’avancer.
Le 12 mai, dimanche de pentecôte, la famille Coulon avait effectué 50 kilomètres. A la nuit tombante, le convoi de civils belges, mêlés aux troupes françaises déjà en repli, est pris sous le feu d’un bombardement aérien. C’est la désolation ; plusieurs personnes et chevaux sont tués. Le convoi continue encore jours et 2 nuits sans s’arrêter car plus ils avancent, plus nos exilés se sentent en sécurité

LA FAMILLE DE JOSEPH COULON, ET MODESTE, LE GRAND-PERE.

LA FAMILLE DE JOSEPH COULON, ET MODESTE, LE GRAND-PERE.

Le 18 mai, ils se trouvent dans le petit village de Voué où ils dorment dans une étable.

Le 19 mai, ils apprennent qu’une dame de Dohan, village voisin de Les Hayons, est décédée d’une crise cardiaque dans cette fuite devant les Allemands. Elle avait 45 ans et fut enterrée le jour même. Son corps fut rapatrié en automne ’40.

Douze jours après, l’équipage Coulon atteint Dicy, dans l’Yonne, où il trouve à se loger dans une grange désaffectée. Toujours sans travail, nos gens reprennent la route vers le sud et atteignent alors une ferme abandonnée, près de Montargis. Et là, ils trouvent du travail. Arsène, le fils aîné, âgé de 16 ans, est embauché dans une ferme tandis qu’Albert, le deuxième, va débarder des bois avec son père, à 10 kilomètres de leur installation. Quatorze heures de travail par jour rapportent 120 francs français (3 Euros). A cette époque, l’argent français avait la même parité que le franc belge.

Le 18 mai, la Belgique capitule devant la puissance vingt fois supérieure de l’Allemagne.
Au 15 juin, l’ennemi avance inexorablement vers le centre de la France. Les Coulons, prudents, descendent encore deux ou trois jours durant. Arrivés à Briare, ils s’approvisionnent auprès d’un dépôt de victuailles et de vins. Mais rapidement, les Allemands atteignent la région. C’est à ce moment que la France capitule.
Alors, le plein de nourriture fait, l’équipage Coulon décide de remonter en Belgique ; distance : plus ou moins 500 kilomètres. Le voyage de retour durera quinze jours à raison de 40 kilomètres par jour. Heureusement, le temps fut splendide pendant cette période du 10 mai au 30 juin ’40. Aujourd’hui encore, ceux qui ont vécu cette époque disent, lorsque le ciel est radieux : « Y fwé ossi bé qu’en quarante ! » (il fait aussi beau qu’en quarante !).

En repassant près de la frontière, le père Coulon a la surprise de pouvoir récupérer son taureau qui se trouvait toujours à l’endroit où il l’avait abandonné.

Les familles sont toutes rentrées en juillet ou en août. Le prêtre est rentré le 17 juillet, venant d’Arpheuilles, près de Châteauroux.
Il y eut des disputes car les biens laissés sur place avaient été volés et les maisons pillées. Les évacués accusèrent ceux qui étaient restés d’avoir tout volé. Même parmi ceux qui rentraient il y avait des voleurs et des pillards qui ramenaient des biens pris en France. Ce fut une période noire pour le village.
On ne retrouva que quelques rares têtes de bétail, celui-ci ayant été réquisitionné par les Allemands.

Certaines personnes n’avaient pas voulu ou n’avaient pas pu quitter le village: les familles Maréchal, J. Simon, Demoulin-Baijot, A. Robinet, Nemry, J-B. Demoulin ainsi que Guillemine Depierreux, Auguste Bizon et la veuve Stevenot que sa fille d’Auby est venue chercher le jour de la Pentecôte.

Les Chasseurs Ardennais

memorialafficheTraditionnellement, les jeunes hommes de la province de Luxembourg devant entrer dans les rangs postulaient quasi automatiquement pour entrer dans les compagnies des fameux « chasseurs ardennais ».

Ces troupes d’élite, dont la devise est « Résiste et mords », avaient sur eux un attrait particulier.

Six enfants du village, engagés aux Chasseurs Ardennais, furent faits prisonniers et libérés plus tard. En atteste encore une affiche trônant en bonne place à la salle du village.

Il s’agit de:
Maurice BODY, Constant LAFFINEUSE, Emile PIERRE, Joseph LEMASSON, Robert HOUCHARD et Gaston BODY.

Maurice BODY (1910-1983) : Né à Bellevaux, le 11/07/1910, il effectue son service militaire du 30/09/1929 au 30/09/1930. Il fait ensuite deux rappels ordinaires sous les drapeaux, en 1932 et 1938. La guerre éclatant, il est rappelé le 28/08/1939. Le 28/05/1940, il est pris en captivité en Allemagne où il restera jusqu’au 06/05/1945. Durant son trajet de retour vers Les Hayons, il retrouve son cousin Gaston BODY dans une gare; il venait lui aussi d’être libéré. Maurice était cultivateur. Il fut également le dernier bourgmestre des Hayons jusqu’à la fusion des communes.

Constant LAFFINEUSE (1913- 19 ) : Né à Framont, le 24/07/1913, son vrai prénom est Prosper. (A compléter…)

Emile PIERRE (1913- 1955) : Né à Les Hayons le 30/08/1913, il fait son service militaire entre le 15/10/1931 et le 13/06/1932. Il effectue quatre rappels ordinaires en 1934, 1936 et 1938 (deux en 1936). La mobilisation générale le rappelle sous les armes le 28/08/1939 et c’est le 28/05/1940 qu’il se voit déporté en Allemagne.Il sera rapatrié le 23/05/1945, plus tard que les autres Hayonnais car il avait été emmené par les troupes russes qui avaient libéré son stalag. Emile était négociant en bière tandis que son épouse, Guillemine Depierreux, était la tenancière du dernier café du village qu’une de leurs filles, Josette, ouvrait encore occasionnellement jusque dans les années ’90.

Joseph LEMASSON (1914- 1992) : Né à Les Hayons le 21/02/1914, Joseph entre au service militaire le 15/10/1934 et le termine le 03/11/1935. Il effectue ensuite trois rappels ordinaires en 1937, 1938 et 1939. Mobilisé à son tour le 04/05/1940, il est fait prisonnier en Allemagne le 29/05/1940. Il sera rapatrié le 29/04/1945. Il rentre au village le lendemain où une foule l’attendait devant sa maison. Il neigeait ce jour-là. Joseph fit une carrière d’agent des Eaux et Forêts au cantonnement de Bouillon. Il décède le 06/06/1992.

Robert HOUCHARD (1918- 1992) : Né à Les Hayons, le 17/06/1918, il est mobilisé au terme de son service militaire qu’il a commencé le 16/05/1938. Il est fait prisonnier en Allemagne le 23/05/1940. Malade, il est rapatrié le 26/07/1943 et totalement démobilisé le 01/11/1943. Il est revenu s’installer au village après une existence professionnelle passée dans le textile, à Charleroi, où il tenait un négoce de tissus. Sa compagne, Simonne Bury, est décédée là-bas. Robert est décédé, sans enfants, le 23/06/2006.

Gaston BODY (1919- 1997) : Né en novembre 1919, Gaston était un Chasseur Ardennais de la première heure, fier de la hure dorée de son béret vert. Il adorait son Ardenne natale qui lui était si chère. Agé de 20 ans, il va accomplir son service militaire à Flawinne. Il connaît alors l’enrôlement à la 3ème compagnie du 1er régiment de Chasseurs ardennais, au poste émérite de pointeur-tireur à la mitrailleuse. De caserne en caserne, il atteint les hauteurs de Bonnine lorsque la guerre éclate. Il a alors pour mission de défendre le QG du 7ème corps d’armée dans les souterrains de la Citadelle de Namur. Pas pour longtemps car il enfourche à nouveau son vélo noir pour Bruges où il est fait prisonnier le 28/05/1940. Alors commence une cruelle privation de liberté en terre allemande. En 1942, il échange douze cigarettes contre un livre de Charles Péguy « Prières ». Et là, toute sa vie va basculer vers Dieu. Il rentre au village, le 08/05/1945, avec Maurice BODY. C’est la Libération. Après la guerre, il entre au séminaire et devient prêtre; un personnage qui n’a jamais laissé personne indifférent par sa profonde tendresse, sa vraie bonté et sa jovialité de chaque instant.

Après les hostilités, la rentrée de ces jeunes militaires, sains et saufs, fut fêtée solennellement le dimanche 26 août 1945 par une messe d’actions de grâce, une fête de famille et un bal populaire le soir. Comme dans toutes les localités, c’était la fête des prisonniers; comme en 1918.

Au village

À Les Hayons, le 12 mai 40 au matin, rien à signaler à part les vols de reconnaissance aérienne allemande.
À 14h30, un sidecariste allemand vient constater la présence ou non de soldats français – ils sont partis la veille au soir – et repart à Bellevaux.
À 15h00, arrive par la route de la Cornette, un convoi blindé et des pièces d’artillerie qu’on entendait venir depuis longtemps.
Les chars et camions sont acheminés vers Bellevaux, au camp de Guderian.
À 8h00 du soir, des cavaliers apparaissent au Trou du Tonnerre, inspectent les alentours de la localité et filent vers Bellevaux.

Un soldat allemand, décédé dans la maison Lambotte, sera inhumé par les siens dans le cimetière paroissial. Il sera exhumé dans la fin du mois de septembre 1941.

En fait, les Allemands étaient installés aux Hayons depuis mars ’40 jusque fin ’40, au château Declercq, au Mont de Zatrou. Le père Simon, qui en avait la garde, sans toutefois l’habiter, avait remarqué quelques dérangements mais pensait que c’était quelque rôdeur. C’étaient, en réalité, des membres de la 5ème colonne (réseau d’espionnage allemand). A la capitulation de la Belgique, le 28 mai ’40, un de ces « squatteurs », qui parlait correctement le français, reconnût qu’il était sur place avant mai ’40. Fin 1940, ils furent remplacés par de soi-disants garde-forestiers qui n’inquiétèrent toutefois pas la population; ne faisant même pas de remarques aux villageois qui n’occultaient pas leurs fenêtres.

 Pendant l’occupation

Au retour de l’exode, chaque ménage a dû racheter de quoi vivre : du mobilier, de la vaisselle, des vêtements, des victuailles… Or, après une période de deux ou trois mois sans travailler, les gens manquaient d’argent. Certains propriétaires de chevaux entreprirent du voiturage de bois ou du débardage. D’autres furent occupés à l’abattage de bois ou à l’entretien de plantations résineuses communales. La reconstruction de passerelles en bois sur la Semois à Bouillon donna du boulot à pas mal de gens au niveau du transport et de la fabrication proprement dite. C’était l’administration allemande qui s’occupait des reconstructions urgentes. Les salaires et prestations étaient bien payés : 200 francs (5 Euros) par jour avec deux chevaux (un ouvrier gagnait de 6 à 8 francs de l’heure).

Jusqu’en 1942, les Allemands, victorieux sur tous les fronts, restaient corrects et même sympathiques vis-à-vis de la population, à l’inverse des atrocités commises en 1914. Les quelques soldats allemands séjournant au « Château Declercq » n’ont commis aucun acte désobligeant et souvent, les jeunes gens du village allaient leur « briber » (quémander) des cigarettes. Les produits alimentaires étaient rares et les Hayonnais pratiquaient beaucoup le troc.

En 1943, après la débâcle allemande sur la front russe, la situation changeât complètement. Les occupants enrôlèrent de force des jeunes gens pour le travail obligatoire dans leurs usines. Les jeunes qui ne se présentaient pas furent considérés comme réfractaires et recherché par la Gestapo. Plusieurs de ces garçons venant des villes avoisinantes se cachèrent dans notre village, sous une fausse identité.
C’est également dès 1943 que les maquis furent constitués. Outre les sabotages, le maquis opérait le vol de timbres de ravitaillement. Le service du ravitaillement distribuait des timbres à la population qui s’en servait pour acheter des produits de première nécessité.
Les gens de la ville venaient, souvent à travers bois et à pied, acheter de la nourriture chez les agriculteurs. Certains en profitaient pour pratiquer des prix exorbitants à tel point que des règlements de compte ont eu lieu (Incendies de ferme, bris de clôtures, vol d‘animaux…).
La vente de ces produits nécessitait des opérations clandestines consistant en l’écrémage du lait, le battage du beurre, la mouture du grain, la triche dans les recensements agricoles, l’abattage des porcs, etc…

Combat amical

Le 6 juin 42 eut lieu à Les Hayons, du côté des champs Servais, un match de football amical opposant une équipe des Hayons à une de Bouillon. L’équipe du village, trop peu nombreuse, était renforcée par des Bouillonnais ou des jeunes des villages avoisinants. En fait, les Bouillonnais participaient à ce genre de rencontre car ils avaient faim et, dans les villages, après le match, on offrait un bon goûter réparateur.

Voici la composition de l’équipe des Hayons :

 

Debout, de gauche à droite :  DUMAY, NOLET, ARNOULD, Albert HOUCHARD, GODON, Gustave BOURGEOIS. Accroupis, de gauche à droite :  Emile MOLITOR, Arthur TOUSSAINT, Victor NICOLAS, BODART, Jean HUSSON.

Debout, de gauche à droite :
DUMAY, NOLET, ARNOULD, Albert HOUCHARD, GODON, Gustave BOURGEOIS.
Accroupis, de gauche à droite :
Emile MOLITOR, Arthur TOUSSAINT, Victor NICOLAS, BODART, Jean HUSSON.

Le crash d’un Lancaster

LES FAITS :

Fin 1942, début 1943, en réponse aux raids aériens allemands sur Londres et de nombreuses autres grandes villes anglaises, l’aviation alliée entreprend de bombarder, à son tour, des grosses agglomérations allemandes mais surtout des sites industriels.
Le 13 juillet 1943, à 23h59, le bombardier flambant neuf Avro Lancaster Mk.II, numéro de série DS-690, immatriculé KO-C, quitte l’aérodrome militaire de West-Wretham (UK) en compagnie de 371 autres appareils de tous types, en vue d’aller bombarder Aix-la-Chapelle (Aachen).
Le vol devait s’effectuer suivant un itinéraire « horlogique » autour de la Belgique; la formation quittant l’Angleterre longeait plus ou moins la frontière hollandaise, bombardait son objectif et rentrait à sa base en suivant, toujours approximativement, les frontières luxembourgeoises et françaises. Ceci à une altitude comprise entre 4500 et 5600 mètres et à une vitesse de 300 kilomètres par heure.
Cette nuit-là, des vents trop favorables ont poussé les bombardiers sur l’objectif bien avant les avions éclaireurs-marqueurs de cible, si bien que le bombardement s’est opéré pratiquement à l’aveuglette, malgré une bonne visibilité. 2927 immeubles furent détruits, 294 personnes furent tuées et 745 blessées, 28000 personnes ont fuit la ville.

La Luftwaffe rassemble alors sur la route du retour de la formation, l’ensemble des chasseurs de nuit casernés entre la Hollande et la Bourgogne.
Guidé par la station de contrôle radar installée entre le village de Mogimont et le hameau de « Croix Blanche », un Messerschmitt, piloté par le capitaine August Geiger, surgit pour l’abattre. Celui-ci attaque le bombardier au-dessus de Saint-Médard selon une tactique d’attaque consistant à plonger sous l’appareil ennemi et à remonter en mitraillant en enfilade le côté trois quart gauche, plus vulnérable. Baird, le pilote, est touché, ainsi que la majorité de l’équipage puisqu’elle se trouve majoritairement sur le côté gauche de l’appareil. Le moteur gauche est en feu. L’avion perd un peu d’altitude puis se redresse. Nous supposons que les commandes ont été rapidement reprises par Walker, seul membre de l’équipage a posséder de parfaites aptitudes de pilotage, à part Baird. Un autre membre indemne de l’équipage, le sergent Odendaal*, ingénieur de vol, saute en parachute et atterrit près de la gare de Saint-Médard.

Peinture illustrant parfaitement la technique d'attaque du chasseur allemand

Peinture illustrant parfaitement la technique d’attaque du chasseur allemand

L’appareil en flammes, maintient cependant le cap, dans un axe Saint-Médard, Bertrix, Paliseul. Avant d’atteindre la verticale de cette localité, le réservoir gauche explose, occasionnant une détérioration du profil de l’aile qui entraîne un soudain virage à gauche, presqu’en épingle à cheveux. Le Lancaster en flammes, à part l’avant, passe à la verticale de Fays-les-Veneurs avec une vitesse accrue et un angle de plongée très important vers La Cornette.

A 2h30, dans la nuit du 13 au 14 juillet ’43, une forte déflagration se fait entendre. Les premiers sur les lieux sont les habitants de La Cornette, de la ferme de la Babillarde et de Fays-les-Veneurs. Cependant, il est impossible d’approcher tant l’incendie fait rage. Le 14 au matin, la population hayonnaise apprend qu’un avion Lancaster, fer de lance des bombardiers britanniques de la R.A.F., s’est écrasé à La Cornette, à 3 kilomètres des Hayons, sur la route menant à Fays-les-Veneurs. Beaucoup de monde s’empresse d’aller voir l’accident.

Les six aviateurs encore présents dans l’avion furent tués et déchiquetés par le crash : des débris de chair, de membres et de cuir chevelu étaient dispersés sur la route, dans le bois et en contrebas de la route. Ces débris humains furent récupérés par les curés Lorent et Henri de Les Hayons et d’Auby, secondés par les jeunes gens du village. Des lambeaux de chair, morceaux de bras, une main, des crânes et d’autres – en tout une soixantaine de kilos – furent rassemblés dans des bassines pour être déposés dans un cercueil en vue d’être enterrés religieusement au cimetière des Hayons. Ils furent inhumés dans la soirée du 14 juillet. Les Allemands récupérèrent les débris matériels encore valables. Les quelques morceaux de duralumin et de cuivre que les villageois avaient ramassés étaient fort recherchés par des marchands qui les revendaient pour en faire des bagues ou autres parures.
Paul Godfrin, entre autres, avait ramassé une roue d’engrenage qu’il avait transformée en cendrier.
Aujourd’hui se dresse, à l’endroit même du crash, une croix commémorative. A l’époque, la vallée n’était pas boisée comme maintenant et la seule bâtisse visible, la ferme Genard (actuellement La Babillarde) surplombait les lieux du sinistre.

(*) Le sergent Odendaal, sérieusement blessé à la jambe suite à son atterrissage en parachute, fut récupéré par le chef de gare de Saint-Médard, Monsieur Hamoir, qui le soigna et le cacha dans une remise située derrière la gare. Une fois remis sur pied, le sergent Odendaal quitta son abri sans prévenir quiconque et fut aussitôt pris par les Allemands qui le déportèrent au stalag IVB. (Ceci est la version officielle. En réalité, le sergent Odendaal, en sang et en haillons, suppliant et criant de douleur, n’a trouvé aucune aide à Saint-Médard cette nuit-là et, le lendemain, il a été capturé par les Allemands, dénoncé afin de préserver le mouvement de résistance local qui aurait été découvert en cas de recherches allemandes le concernant. Pourtant, tout porte à croire que le chasseur allemand n’avait pas vu l’homme qui sautait en parachute car Odendaal, le lendemain, a traversé le village uniquement entre deux militaires allemands – Il n’y a donc pas eu de battue pour le retrouver, ce qui confirme la thèse d’une dénonciation – Ceci expliquerait également le fait qu’aucun membre de la famille Odendaal n’ait été présent lors de la commémoration du 50ème anniversaire du crash, en 1993. En parallèle, la famille Odendaal a interdit à la R.A.F. de communiquer toute archive le concernant).

L’EQUIPAGE ALLIE

Nos vifs remerciements à Madame Avril FLOWERS-WALKER, soeur du défunt Robert WALKER, pour la mise à disposition de quatre photos des membres de l’équipage, la seconde ayant été trouvée sur le Net.

Les 6 aviateurs inhumés à Les Hayons :

Robert Alexander Graville BAIRD pilot, sous-lieutenant, 33 ans. Issu de vieille noblesse anglaise, fils du Vicomte de Stonehaven.

Robert Alexander Graville BAIRD pilot, sous-lieutenant, 33 ans. Issu de vieille noblesse anglaise, fils du Vicomte de Stonehaven.

Harold MATTHEWS air gunner sergeant 19 ans

Harold MATTHEWS air gunner sergeant 19 ans

William James MOORCROFT navigator officier 22 ans

William James MOORCROFT navigator officier 22 ans

Edwin SMITH sergeant navigator

Edwin SMITH sergeant navigator

Robert Alfred WALKER air bomber 21 ans

Robert Alfred WALKER air bomber 21 ans

 

et Nicholas Auber Benjamin ROBINSON flight sergeant 31 ans (Australie)

 

Le rescapé, déporté au Stalag IVB :

Johannes Ernest Conraad ODENDAAL, sergeant (Rhodésie du Sud)

Johannes Ernest Conraad ODENDAAL, sergeant (Rhodésie du Sud)

 

Les tombes des aviateurs alliés, dans le petit cimetière de l'église de Les Hayons

Les tombes des aviateurs alliés, dans le petit cimetière de l’église de Les Hayons

 

L’APPAREIL ALLIE :

L’avion anglais était un bombardier lourd Avro Lancaster Mk II, n° de série DS-690, immatriculé KO-C, équipé de quatre moteurs Hercules.
Les problèmes rencontrés lors des tests de mise au point de cet appareil de présérie étaient les suivants: faible vitesse (sous-motorisation) et plafond (altitude de vol) limité. Cet appareil était tout neuf et récemment livré à cette escadrille (squadron115). C’était son premier et dernier vol; décollage depuis East Wretham (Norfolk/GB) enregistré à 23h59 et impact de destruction observé à 2h10, soit moins de trois heures de vol. Il était piloté par le chef d’escadrille BAIRD.

Une des rares photos du Lancaster DS-690 KO-C

Une des rares photos du Lancaster DS-690 KO-C

 

L’ADVERSAIRE :

August GEIGER, as de la chasse de nuit allemande (51 victoires de nuit). En représailles au terrible bombardement sur Aachen qui fait énormément de victimes civiles, du fait que les bombardiers ont subi un fort vent arrière qui les a poussé au-delà de leurs marqueurs de cible, la Luftwaffe rassemble sur la route du retour des 372 appareils alliés, l’ensemble des chasseurs de nuit disponibles entre les Pays-Bas et la Bourgogne. Un climat de vengeance est décelable dans les différents communiqués allemands et cela est bien compréhensible. Au cours de ce vol, Geiger, pilote de l’escadrille n°7 du NJG1, basée à Tweente (Enschede/NL) est accompagné du navigateur/radio Koch. Plusieurs textes disent que l’appareil allemand venait de Douzy, or aucune escadrille de chasse de nuit n’a jamais été casernée là car l’aérodrome ne disposait pas du guidage d’atterrissage de nuit. Par contre, nous avons appris récemment que GEIGER avait été affecté à cette période à l’escadrille NJG4 de Florennes; c’est donc de là qu’il venait. Le surlendemain de son « carton », GEIGER revient à La Cornette, sur les lieux du crash, dans un petit avion de reconnaissance Fieseler Storch. Après s’être recueilli un long moment, il y déposera secrètement, aux dires de plusieurs témoins, un bouquet de fleurs.
Deux mois plus tard, dans la nuit du 28 au 29 septembre ’43, August GEIGER est tué dans un combat de nuit, après avoir été descendu par un chasseur anglais, Bob BRAHAM. Son avion tombe dans le Zuiderzee où il se noie, ainsi que son opérateur radio Dietrich Koch.

L'Oberleutnant August GEIGER

L’Oberleutnant August GEIGER

 

L’APPAREIL ALLEMAND :

L’avion allemand était un chasseur de nuit bimoteur Messerschmit BF 110-G4 équipé d’un radar de poursuite dernière génération Lichtenstein SII d’une portée de 4 km et de bidons additionnels de carburant sous les ailes. Cette nuit-là, il a été guidé sur sa cible par deux radars au sol de type Wurtzburg et d’un radar de type « Freya », intégrésdans le système de surveillance allemand « Kammhuber-Himmelbet » qui faisaient partie de toute une installation située à « Croix-Blanche » à Mogimont.
Pour votre information, l’épave du chasseur d’August GEIGER fut récupérée par la force aérienne néerlandaise en 1971 et identifiée par des historiens amateurs dans le courant de l’ année 2006.

Un Messerschmitt Bf 110-G4

Un Messerschmitt Bf 110-G4

 

LA STATION RADAR :

Les systèmes radar Freya et Wurtzburg-Riese qui ont permis de localiser le Lancaster étaient localisés à Croix Blanche (route Menuchenet-Carlsbourg). Le 1e janvier 1943, plus ou moins 500 militaires allemands accompagnés du même nombre d’ouvriers venant de Charleroi entreprennent la construction de cette station radar. Ils érigèrent deux grandes paraboles (radars Wurtzburg-Riese, radars de poursuite à courte distance – 30km), une grande antenne-rateau (radar Freya de détection à moyenne distance – 160km), une grande antenne (tour Heinrich-Pieler, servant de radio-balise). A celà vinrent s’ajouter une tour en bois couverte, de surveillance, un bunker de commandement semi-enterré, des baraquements mi-dur et mi-bois et une cabine d’électricité.

Implantation radar du même type que les installations allemandes de Croix-Blanche

Implantation radar du même type que les installations allemandes de Croix-Blanche

L’unité en charge était le 301ème régiment de recherche aérienne (« luftnarichten dienst »), son Q.G. était établi à Saint-Hubert.
Le nom de code de l’installation était « Bulle » et faisait partie d’un ensemble coordonné de trois radars au sol. Les autres stations étaient situées à La Roche et à Damvillers (Fr).
Le nom complet du site était: « Funkmessgerat – Stellung 2 – Ordnung Bulle ». (Le nom « Bulle » étant vraisemblablement tiré du nom romain de Bouillon – Bullio. A La Roche, l’installation avait pour nom de code « Rochen »).
Cette implantation fut bombardée par des appareils américains en septembre ’44 et les Allemands détruisirent les installations et minèrent les chemins d’alentour avant de fuir.
Une première installation Wurtzburg, temporaire et mobile, s’était tout d’abord établie à proximité immédiate du village de Mogimont, derrière l’actuelle propriété Houthoofdt. Un chemin, d’une longueur de 200 mètres, longe encore la propriété sur son côté nord; il conduisait à cette implantation qui servit sans doute de test, afin de trouver le meilleur endroit.

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Inconscience d’un réfractaire

En juin ’44, Arsène Coulon, fils de Joseph et âgé de 20 ans, n’avait pas répondu à la convocation de la kommandatur de Neufchâteau concernant le travail obligatoire en Allemagne (S.T.O.). Il était donc considéré comme réfractaire et recherché, comme bien d’autres, par la Gestapo.
L’administration communale de Les Hayons lui avait délivré une fausse carte d’identité établie au nom de son cousin et à l’insu de ce dernier.
Un dimanche de fête à Auby, nos deux amis se retrouvent et décident de se rendre ensemble dans ce village distant de trois kilomètres et demi, sans en avertir leurs parents. En chemin, ils croisent un motocycliste allemand, qui par chance, ne s’est pas arrêté.
Ce fut la peur de leur vie ; en cas de contrôle, ils risquaient d’être envoyés dans un camp de concentration allemand.

A La Cornette, pendant ce temps…

En 1944, une troupe anglaise avait établi un petit camp au lieu-dit « Cro », au-dessus du ruisseau de Bellevaux, très haut dans la forêt.
Pierre COLLETTE, le meunier du hameau, en assurait le ravitaillement grâce aux ménagères comme Julie LETOCART (veuve Louis BODY) qui cuisaient chaque semaine des dizaines de pains dans leurs fours privés. A l’époque, presque toutes les maisons étaient équipées de ce type de constructions.

En août ’44, une colonne de prisonniers anglais encadrée par des soldats allemands traverse La Cornette, se dirigeant vers Auby. La population regarde passer les prisonniers avec grande compassion. Une demi-heure après, Pierre COLLETTE part pour Auby et, à environ, un kilomètre, il entend siffler dans le ravin. Il s’arrête et aperçoit un homme qui s’enfuit en le voyant. Pierre l’appelle, l’homme s’avance craintivement puis, voyant qu’il n’avait pas à faire à un Allemand, il s’agenouille aux pieds de Pierre et lui embrasse les mains. Ce prisonnier avait donné un paquet de cigarettes à son gardien le plus proche et s’était laissé tomber dans le talus. Le gardien, surpris, a fait mine de le viser mais n’a finalement pas tiré. Pierre l’a ramené à La Cornette puis l’a conduit au camp de ses compatriotes.

 Du côté allemand

Un des abattoirs allemands qui fournissait les troupes en viande se trouvait à Les Hayons à la ferme d’Edmond Lambotte qui était désertée, située rue des Blancs Cailloux.
Les carcasses d’animaux étaient précipitées dans un silo derrière l’habitation. L’ouverture du silo avait été élargie par les soldats.

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Coup de théâtre

Des petits spectacles étaient organisés dans le but d’envoyer des colis de nourriture aux prisonniers de guerre. A Les Hayons, Monsieur Seutin, le Maître d’école, avait élaboré tout un programme dans lequel ses élèves féminines ont « brûlé les planches ».
Remarquons la grande diversité des scènes proposées au public !

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Pêle-mêle, quatre photos des actrices de ces différentes scènes.

Les contrôles

Les habitants du village, qui étaient pratiquement tous éleveurs, cachaient leur bétail où ils pouvaient pour éviter les contrôles et les saisies que les occupants pratiquaient. Un contrôleur était chargé tout d’abord du recensement des bêtes dans chaque maison. C’était un prénommé O. de Bouillon qui passait contrôler à Les Hayons.
Il se présenta pour le recensement chez les parents d’Albert HOUCHARD et là, on lui dit :
« O., les bêtes sont dans la cave, mais je te préviens que si tu y descends, tu n’en remontras pas ! »
Et O. n’y est jamais descendu !

 La garde rurale

En ces heures troubles propices aux rapines et aux faits de petit banditisme, la police et la gendarmerie se virent renforcées d’un service de garde rurale chargée de surveiller les propriétés foncières rurales, le bétail et les récoltes contre le vol et quelquefois les incendies criminels.
Parmi ces exactions, on a relevé notamment le vol d’un cochon, dans la nuit du 1 er au 2 janvier ’44, chez Monsieur Damien, à Les Hayons.
Avant cela, le 10 août ’43, entre Les Hayons et Auby, vers minuit, un fraudeur fut attaqué par deux individus qui le délestèrent de 13 kilos de beurre et d’autres denrées interdites.
Le 11/01/1944, le sous-intendant Jean Chabot fut chargé de l’organisation d’une garde rurale. Pour chaque localité d’une superficie de plus ou moins 1000 hectares, quatre gardes, sous l’autorité d’un chef de patrouille allèrent exécuter des rondes d’une durée de 3 heures, entre 20 heures et 6 heures, avec changement d’itinéraire chaque nuit.
Le chef de patrouille à Les Hayons était Emile Damien. Il y avait à cette époque 240 hectares de terres cultivées pour 185 habitants.

Mamy et Papy font de la résistance

La région de Bouillon ne comptait aucun maquis en 1943. Cependant, un grand nombre de réfractaires au S.T.O. se terraient dans la région. Au moindre mouvement ennemi, ils allaient se cacher dans les villages où, généralement, la présence allemande était minime.
C’est le commandant Piton, qui avait dirigé la province de Luxembourg en tant que sous-secteur de la zone V de l’Armée de Belgique (un des nombreux groupes de résistance) qui prit le commandement du secteur 7, zone couvrant la Semois depuis Arlon jusqu’à Bouillon.
logoarmeesalutCe secteur 7 fut divisé en quatre groupes et notre région fut reprise dans le groupe IV.
Le commandant Piton avait nommé le sous-lieutenant Roger Hardy comme commandant du groupe IV. Celui-ci remit ce commandement peu après au notaire Joseph Robert de Corbion au début de l’année 1944.
Le groupe IV était composé de trois compagnies d’intervention et d’une compagnie Etat-Major. Celle-ci était commandée par Emile Gridlet. Les trois autre étaient commandées respectivement par Jean Libois, Pierre Guidart et Victor Gourmet.
Tous les maquisards appartenaient à des groupements différents (la Légion Belge, l’Armée de Belgique, l’Armée de Libération, l’Armée Secrète des Ardennes, l’Armée Belge Reconstituée…) et s’engagent dans des missions de reconnaissance, de sabotage, de contre-sabotage, de guérilla, d’évacuation de militaires anglais, etc…
A la Libération, tous ces groupements se sont fondus sous le nom de « Armée Secrète ».
Plusieurs Hayonnais en firent partie : Marie Lemasson, Jean Godfrin, Maurice Body, Emile Damien, Robert Houchard, Joseph Coulon, Edmond Lambotte et Victor Nicolas.
En juin ’44, Joseph Coulon, membre de l’armée secrète (A.S.), est sollicité par son chef, le notaire Robert,de Corbion, pour transporter des abris en paille au maquis de Noirefontaine.
Ces paillasses, ou hayons (voir rubrique étymologie), avaient été assemblés à Les Hayons, dans un hangar. Un sous-officier de ce maquis lui avait dit que son attelage serait escorté par deux maquisards avec mitrailleuse de chaque côté du chariot. Le trajet à parcourir n’étant que de 4 kilomètres, Joseph Coulon accepte mais refuse l’escorte armée pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi. Malgré la grande inquiétude de son épouse, la livraison s’effectuât sans encombre, deux jours plus tard, pendant l’heure du repas de midi.
En récompense de ce service, un responsable du maquis apporta à Joseph deux bouteilles de goutte.

Le maquis des Mussettes, installé en Août 1944 à Noirefontaine, non loin du Moulin Hideux, était commandé par Victor Gourmet. C’est le village de Les Hayons, tout proche, qui en assurait principalement le ravitaillement par l’intermédiaire de Julien Renaudin, le garde-champêtre.
Un beau jour, ce maquis reçoit une grosse livraison d’armes qu’il avait pour mission de distribuer aux maquis voisins. Les maquisards avaient, auparavant, capturé des Allemands qui se trouvaient dans un hangar du côté de la ferme de Buhan. Ils décidèrent donc d’utiliser la camionnette et les uniformes allemands pour faire une livraison d’armes au Maka, où des maquisards de Cugnon les attendaient. Cependant, ceux de Noirefontaine n’avaient pas prévenu qu’ils seraient déguisés et furent accueillis par des tirs de mitrailleuse qui ne touchèrent personne, fort heureusement. Après la première salve, ceux de Noirefontaine brandissent des petits drapeaux pour se faire reconnaître. Le transbordement d’armes terminé, ils rebroussent chemin et, arrivés au-dessus des Evis, ils aperçoivent une patrouille d’une quinzaine d’Allemands qui se jettent au fossé à leur vue. La camionnette passe à vive allure devant les Allemands qui, reconnaissant des uniformes frères, leur font un grand salut.

Déroute allemande

Le samedi 6 septembre ’44, les Allemands en recul sont arrivés à Les Hayons avec quelques camions et quelques chars. Après avoir camouflé du mieux possible leurs véhicules, ils ont logé dans des granges et derrière les maisons. Aucun coup de feu ne fut tiré et ils semblaient vouloir s’installer pour plusieurs jours… Irène Bertrand-Duret se souvient qu’un groupe d’Allemands surgit chez ses parents avec une boîte de café en priant vertement sa maman de leur en faire. Soudain, une explosion terrible se fit entendre: les alliés ou les maquisards venaient de faire sauter le pont de Dohan. Ces « visiteurs » quittèrent immédiatement la maison en emportant, malheureusement, leur boîte de café. Aussitôt, l’ordre fut donné de déguerpir au plus vite. C’était le vendredi 7 à quatre heures du matin. A 8 heures, le village était tout à fait libre.
Le 8 septembre, lors d’une messe chantée à la chapelle, deux Allemands en armes sont venus assister à une partie de l’office et ce furent les deux derniers que l’on vit au village.

Les Américains !

Le 12 septembre ’44, des troupes américaines ont installé un camp en bordure de la route Menuchenet-Paliseul, au lieu dit « Saint-Eloi ». Des gamins de Les Hayons, apprenant leur présence, se rendent sur place pour les saluer et en profitent pour immortaliser, sur pellicule, nos libérateurs.

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Offensive Von Rundstetd

Le 26 décembre 44, un Focke Wulf 190 allemand tombe au lieu-dit la Pichelotte entre Les Hayons et Bellevaux, dans un champ, qui est aujourd’hui une sapinière, situé avant la cabane de chasse. L’appareil est pratiquement enfoui dans la terre meuble.
Son pilote est tué sur le coup. Carbonisés, ses restes furent ramenés aux Hayons le 1er janvier à l’entrée du soir.
Dans un témoignage relaté lors d’une visite à Bouillon le 11 avril 1992, Hans Schöndorf, qui survécut à la chute de son FW190 sur Botassart, raconte que les 18 appareils de sa formation furent détruits par leurs adversaires américains.

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Le dimanche 31 décembre, des jeunes gens du village font leurs paquets pour se sauver en voyant des Allemands arriver à Libramont. Heureusement, le soir, la situation avait complètement changé et ils ne sont pas partis.
Les troupes Américaines ont déferlé pendant une huitaine de jours, venant de Noirefontaine pour se rendre à Bertrix; on ne signala aucun incident à l’occasion de leur passage.

Reddition d’un déserteur allemand

En janvier ’45, par une nuit glaciale où le sol était couvert d’une épaisse couche de neige, une main frappe à la porte de la maison de Joseph Coulon. Il s’agit d’un jeune déserteur allemand, dégoûté de se battre pour une cause perdue et qui  souhaitait regagner sa famille.
Les parents Coulon le reçoivent chaleureusement, le restaurent et le logent à l’étable, muni d’une bonne couverture. Quelques minutes plus tard, Joseph Coulon, jugeant qu’il serait plus sûr pour le jeune homme de le remettre aux forces américaines cantonnées à Noirefontaine, prévient deux anciens maquisards qui ne tardent pas à venir le chercher.
Après avoir parcouru une dizaine de mètres, le déserteur s’enfuit à toutes jambes, par une ruelle entre deux maisons. La noirceur de la nuit empêche de le retrouver. On reprend les recherches le lendemain matin et, grâce aux pas laissés dans la couche de neige, on retrouve notre homme, transis, dans villa Declercq, abandonnée. Prévenus, les Américains sont venus le cueillir, caché dans une armoire. L’un d’eux lui offrit une cigarette pour le mettre en confiance et ils rejoignirent le détachement à Noirefontaine.

Libération des prisonniers

C’est en mai et en juin ’45 que revinrent au village les quatre militaires retenus en Allemagne. Une messe d’actions de grâces fut chantée à leur intention le 11 août, à l’occasion de l’Adoration du Saint-Sacrement. Toute la population était présente.
La commune vota un subside de 12000 francs pour organiser une fête qui eut lieu le 26 août, avec jeux récréatifs, feu d’artifice et un bal qui dura jusqu’à quatre heures du matin. Comme dans les communes voisines, le bal reprit le lundi jusqu’à deux heures du matin. Il fallait bien qu’on rattrape le temps perdu; on n’avait pas dansé pendant toute la guerre !