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La guerre 14-18

 

L’entrée en guerre

De la part des autorités communales n’ont été prises aucune précautions, sinon que, sur une demande du Gouverneur de la Province, le bourgmestre, Modeste Coulon, avait demandé aux particuliers de remettre leurs armes à feu à la maison communale.
Les papiers de la fabrique d’église avaient été enterrés en lieu sûr par le curé Lorent.
Il n’y a pas eu d’engagé volontaire lors de la déclaration de guerre; cependant il y en eut un en 1915: Jules Lequeux, domestique français et un second en 1916: Auguste Demoulin, instituteur. Neuf hommes furent appelés sous les drapeaux comme soldats, gendarmes ou douaniers.
Durant les premières semaines de guerre, la population civile était totalement terrifiée en apprenant les atrocités survenues dans le pays de Liège.
Le 6 août 1914, les premières troupes françaises traversent Les Hayons.

 

Le passage des Uhlans

Les premiers Uhlans allemands sont arrivés à Les Hayons le 11 août, au nombre de 17, venant d’Herbeumont, Cugnon et Mortehan, où ils avaient logé. Arrivant depuis La Cornette, ils ont monté la rue principale du village vers 10 heures, pendant la séance des confessions pour l’Adoration.
Ils se sont restaurés à la dernière maison en haut du village, chez Nicolas Degives, puis se sont dirigés vers Noirefontaine. En bas de la côte des Evis, vis-à-vis du chemin qui mène au Moulin Hideux, ils ont arrêté A. Rousseaux, facteur venant en tournée à Les Hayons, et l’ont sommé, revolver au poing, de leur remettre toute correspondance.
Entre-temps, les Français bivouaquant à Noirefontaine, avaient eu connaissance, par téléphone, de la présence des Allemands. Ils leur ont donné la chasse et la plupart de ces Uhlans furent tués dans l’après-midi de ce 11 août dans les environs de Nollevaux.

 

Le 19ème Régiment d’Infanterie français.

Depuis 1871, le 19ème régiment d’infanterie se trouve en garnison à Brest. Il fait partie, en 1914, du XIème corps d’armée. Principalement composé de Brestois, il regroupe trois bataillons, soit douze compagnies.
Le 8 août 1914, sous les ordres du Colonel CHAPES, il est appelé à monter vers le front. Après avoir atteint Reims, par le train, il traverse Challerange, Longwé, Autruche, Authe, Osches, Maisoncelles et Douzy. Le régiment quitte cette dernière ville vers midi et franchit la frontière belge après le village de Pouru-aux-Bois pour être finalement chaleureusement accueilli par la population belge. Il atteint la Semois à Dohan, où il est pris sous un violent orage accompagné de pluies diluviennes. Mais les vaillants troupiers, trempés jusqu’aux os, restent stoïques. Dans la soirée, le régiment atteindra Les Hayons où des bûchers seront allumés çà et là pour sécher les équipements.

Ce régiment cantonnera dans notre village, la nuit du 21 au 22 août, avant de connaître un destin tragique. En soirée, le Colonel CHAPES reçoit, venant du Général de LANGLE de CARY, l’ordre suivant: « Demain 22 août, la IVème armée entame son mouvement offensif vers le nord. Le XIème corps d’armée, opérant à l’ouest de la ligne Fays-les-Veneurs, Paliseul, Framont et Anloy, aura pour objectif: Maissin. ».
Le XIème corps d’armée, dont fait partie le 19ème régiment d’infanterie, marche donc sur Maissin, le 22 août, en deux colonnes; une à l’est de Paliseul et l’autre à l’ouest.

bataillemaissin

A Maissin, les combats sont rudes, opposants les baïonnettes françaises aux mitrailleuses allemandes. Maissin est dévasté: 70 maisons incendiées, les autres gravement endommagées; le bétail est décimé et les cultures ravagées; 10 Maissinois sont tués, dont certains fusillés par les Allemands. L’armée française bat en retraite.

Les pertes sont lourdes. Du côté français sont morts 99 officiers et 4085 sous-officiers et soldats; du côté allemand ont été tués 95 officiers et 3581 sous-officiers et soldats.

Le 19ème Régiment d’Infanterie, quant à lui, a perdu 14 officiers et 791 sous-officiers et soldats, de ceux qui avaient passé une nuit à Les Hayons avant d’aller rencontrer leur terrible destinée.

 


Après ce terrible épisode…

Le dimanche 23 août , on ramène de Fays-les-Veneurs un officier français, grièvement blessé lors des combats de Luchy. On l’installe à l’école. Charles Fillaire, c’est son nom, mourra ce même jour à 11 heure 30 du matin. Il faisait partie du 20ème régiment d’infanterie de la 8ème compagnie. Il fut enterré dans le cimetière paroissial le jour-même, à 15 heures.
Le lundi 24, vers 14 heures, sont arrivés 1600 artilleurs allemands qui ont pris position aux Champs Servais avec toute leur cavalerie. Ces troupes n’ont causé aucun préjudice, à part quelques réquisitions. Le bourgmestre Coulon et le curé Lorent furent pris en otages; le premier dut loger chez Nicolas Degives, auprès des chefs allemands, le second, laissé libre, fut sommé de ne pas quitter son presbytère.
Ces effectifs allemands ne restèrent que 24 heures sur la commune. Quelques hommes* furent réquisitionnés avec chevaux et chariots pour conduire des hommes de troupe jusqu’à Rethel, en France. Ils ne revinrent que 4 jours plus tard, sains et saufs.
En novembre 1914, des soldats allemands ont fouillé les bois communaux sous prétexte que la population y ravitaillait des soldats français cachés. C’était vrai mais ces derniers avaient pu être prévenu à temps et allèrent se terrer dans les communes avoisinantes.
*V. Lemasson, Aug. Coulon, J. Coulon, L. Dumay, Ad. Houchard, Aug. Nicolas, G. Nicolas, Ad. Godfrin, A. Guillaume et A. Demoulin.

 

Déportation

Le 8 décembre 1916 a eu lieu la fameuse déportation en Allemagne des hommes du canton. Tous les hommes du village appellés à se présenter aux autorités occupantes avaient eu soin de s’approcher des sacrements le matin. En comparution, deux furent choisis pour la déportation: Auguste Nemry et Fernand Demoulin.
A l’occasion de leur départ depuis Paliseul, on fit une collecte parmi les Hayonnais présents qui rapporta la somme de 400 francs. Cet argent fut donné aux deux déportés pour partir. Ce jour-là, les Allemands manifestèrent énormément de brutalité, lançant leurs chevaux dans la foule, frappant à coups de crosse de fusil, comme des bêtes sauvages. Ils visaient particulièrement les membres du clergé présents.
Dix autres jeunes gens de Les Hayons avaient eu leur carte d’identité confisquée et, comme ils étaient sujets à partir d’un jour à l’autre, une nouvelle collecte fut faite dans le village pour leur venir en aide pour leur départ. Cette collecte recueillit la somme de 360francs.
Ces dix jeunes hommes ne furent, par bonheur et grâce à des lettres d’intervention, pas appelés et le curé, Emile Lorent, envoya 200 francs de cette somme aux deux déportés partis le 8 décembre.

 

Chronique d’une vie ordinaire… ou presque

Les militaires allemands ne fréquentaient pas l’église, pas plus qu’ils ne l’avaient perquisitionnée. Cependant, les manifestations du culte en extérieur, comme les processions, étaient interdites; de même que la sonnerie des cloches. Cependant, sous les ordres de Monseigneur Heylen, les cloches se firent de nouveau entendre.
Certains particuliers furent l’objet de fortes amendes et, quand ils n’étaient pas inquiétés pour une sorte, ils l’étaient pour une autre: fournir à l’occupant du beurre, des oeufs, du grain, de l’avoine, des pommes de terre; ne pas se faire prendre sans carte d’identité sur soi, se trouver dans la forêt sans « ausweiss », tuer le cochon sans autorisation…
Modeste Coulon, bourgmestre, ainsi que Marie Pierre, veuve Rousseaux, furent internés à Arlon pendant un mois; le premier pour avoir fourni une carte d’identité à un aviateur français évadé, la seconde pour avoir offert l’hospitalité à son frère recherché.
Des villageois jaloux ont dénoncé le curé Lorent aux gendarmes d’Auby pour avoir exhorté, en chaire, les paroissiens qui ravitaillaient l’ennemi et parce qu’il cachait dans son presbytère des sacs de grains de ses paroissiens.
Une colonne allemande a logé dans le village du 24 décembre 1917 au 2 janvier 1918.

 

Il n’y a pas de fumée sans « feu ! ».

Durant la guerre ’14-’18, des charbonniers étaient occupés à travailler à la Pichelotte (voir rubrique « Lieux-dits »). Ils avaient réalisé des « faudes ». Une faude est un assemblage singulier constitué de bois de chauffage disposés de façon particulière. Ce tas de bois est recouvert de mottes de gazon et de terre. Ensuite, les charbonniers y allument un feu qui va couver lentement. Le bois ainsi consumé va produire le charbon de bois.

faude

 

Ces faudes étaient dons allumées et des colonnes de fumée s’élançaient vers le ciel.
Un avion allemand, croyant avoir découvert un camp militaire ennemi, mitrailla la zone sans toutefois faire de victimes.

(Au sujet des faudes, voyez la sous-rubrique « Jadis en forêt » dans la rubrique « Démographie ».).

 

Exhumation

Le 29 juillet 1918, le corps du sous-lieutenant Charles Fillaire est exhumé par les Allemands, en présence de deux témoins civils et du prêtre Lorent, pour être enterré dans le cimetière militaire que les occupants ont construit sur la route Bouillon-Paliseul. Quand le cadavre, encore reconnaissable, a été retiré du cercueil les Allemands ont fouillé ses vêtements, coupant à l’aide de ciseaux toutes les coutures, dans l’espoir de trouver de l’or qu’il aurait pu conserver sur lui.

 

Bilan

L’évacuation des troupes allemandes s’est faite sans trop de dégâts, les soldats n’étant pas trop mal disposés. Quelques rares individus insubordonnés à l’égard de leurs chefs se livrèrent à quelques pillages, sans plus.
Les derniers effectifs ennemis ont logé à Les Hayons dans la nuit du samedi 16 novembre au dimanche 17 novembre 1918.
Les premières troupes françaises sont arrivées le lundi 18 novembre vers 9 heures du matin.
Le drapeau belge avait été hissé au clocher le mercredi 14 novembre.
De nombreux prisonniers français, et quelques prisonniers américains et italiens ont logé dans la commune à leur libération. Venant de Rossart, de Straimont et un peu de partout, ils furent très bien ravitaillés grâce aux soins prodigués par les membres du comité local de secours.
Les villageois ont également nourri 8 prisonniers français qui s’étaient évadés une dizaine de jours avant l’armistice et qui vivaient cachés dans les bois.
A l’occasion du retour des prisonniers, Victor Lemasson a offert un boeuf de 400 kilos pour composer un repas de retrouvailles
Les témoignages rapportés par ces prisonniers s’accordent pour dire que les Allemands les traitaient durement et que le manque de nourriture les touchait particulièrement.
Cette « grande guerre » ne fit aucun tué, ni estropié parmi les villageois. Il y eut deux prisonniers en Allemagne (en août 1914 et en avril 1917) ainsi qu’un autre en Hollande, suite à la prise d’Anvers (Jules Claude, douanier).